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mars 24, 2016

Recherche croissance désespérément…

Les banques centrales restent plus que jamais présentes pour tenter de faire repartir l’inflation (ou en tout cas éviter la déflation) et la croissance comme en témoigne les dernières actions entreprises :

  • La banque du Japon a amené ses taux en territoire négatif : taux d’intérêts fixés à -0,10%.
  • La Banque Centrale Européenne n’a pas franchi (encore) ce cap mais les taux directeurs sont à 0% contre 0,05% auparavant et il n’est pas certain que des taux négatifs ne soient pas expérimentés un peu plus tard. Notons d’ailleurs que la BCE n’a pas hésité à mettre en place un TLTRO avec des taux à -0,40%pour que les banques prêtent davantage aux entreprises et aux particuliers.
  • La Banque Centrale américaine n’a pas remonté ses taux en mars et a annoncé qu’elle le ferait plus tard

    en raison de la remontée de l’inflation et de la bonne tenue du marché du travail. Cependant seulement deux hausses sont prévues en 2016 au lieu de 4 prévues initialement.

    L’action des banques centrales combinée à la forte remontée des cours du pétrole a permis un violent rebond des marchés en mars, bien que ceux-ci restent en territoire négatif depuis le début de l’année.
    En effet, la dégradation des perspectives bénéficiaires des entreprises et le manque de croissance au niveau mondial ne peuvent pas porter durablement les marchés d’actions si on ne perçoit pas une amélioration. Le stress excessif a été corrigé à juste titre mais l’euphorie n’est pas encore de mise.

    La croissance potentielle mondiale n’est assurément pas au niveau attendu, ni au niveau des taux de croissance passés. Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs qui se combinent au même moment :

    • Des niveaux d’endettement excessifs (public et privé) qui limitent partout dans le monde les marges de manœuvre budgétaire (Chine, USA, zone Euro, Japon)
    • Une mondialisation qui arrive à un stade où les pays développés qui perdaient en compétitivité ont entrepris de la regagner par la mise en place de programmes de quantitative easing et des dévaluations de leur monnaie (USA : 2009-2012 ; zone Euro : 2015-…. ; Japon : 2014-… ; Chine : dévaluation ?)
    • Une rupture sociétale avec le phénomène d’ubérisation et de digitalisation qui bouscule les business models établis et qui à court terme, alimente les pressions déflationnistes réductrices de croissance.
    • Une évolution démographique néfaste à la croissance économique (vieillissement de la population). On observe une décroissance de la population en âge de travailler que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Chine.
    • Une moindre progression de la productivité à l’échelle mondiale. La période 1955-2004 avait vu une forte croissance de la productivité, alors que depuis 2005, cette croissance ralentit fortement y compris aux Etats-Unis.

      A ces différents facteurs économiques se rajoutent des facteurs géopolitiques qui limitent la confiance (crises au Proche et Moyen-Orient ; crise des migrants en Europe, attentats…) et pèsent sur les décisions d’investissement des entreprises.
      Des trois moteurs de croissance (dépense budgétaire, consommation des ménages et investissement des entreprises), c’est la consommation des ménages avec la demande domestique des pays matures, qui permet aux économies de résister (notamment les ventes au détails aux USA sont très convenables avec l’amélioration du marché de l’emploi).

Le rôle des banquiers centraux depuis la crise de 2008 a été de se substituer aux politiques budgétaires et d’injecter dans le système financier toutes les ressources nécessaires pour stimuler la distribution du crédit, et tenter de favoriser l’investissement des entreprises, en leur octroyant des crédits à des taux « historiquement » bas.
Le problème est que les banques centrales ne peuvent pas tout faire seules ; il faut donc que les Etats prennent à leur tour leur responsabilité, soit en engageant des réformes structurelles pour libérer le potentiel de croissance (France notamment), soit en utilisant leurs marges de manœuvre disponibles pour les pays les moins endettés (Allemagne, Royaume-Uni…).

La problématique de rémunération de l’épargne est bien réelle : comment rémunérer l’épargne dans un monde de taux négatifs ? On perçoit bien parmi d’autres, la difficulté des caisses de retraites et fonds de pensions (plus particulièrement européens) qui doivent assurer le versement des retraites à venir. Ils bâtissent leurs allocations sur des taux d’échéance de cinq à dix ans pour assurer à terme le paiement d’un passif certain (les retraites à verser) alors que les actifs ne se revalorisent désormais que très faiblement.

La réponse réside certainement dans une prise de risque additionnelle, mais le stress de début d’année montre aussi que l’investissement actions n’est pas exempt de risque à court terme.
En ce qui nous concerne, nous restons investis conformément à notre allocation de référence avec des portefeuilles construits défensivement. Les incertitudes européennes (Brexit, Espagne, crise des réfugiés, attentats…) et une hausse probable des taux d’intérêt aux Etats-Unis, ne sont pas de nature à nous amener à augmenter le poids des actions dans l’immédiat.

Pour ce faire, il faudra que les indicateurs macroéconomiques soient mieux orientés (y compris en Chine). Alors nous pourrons, avec davantage de visibilité, accentuer le risque au sein des portefeuilles pour pallier le manque de rendement des produits de taux d’intérêt. Dans l’immédiat, les obligations à haut rendement qui avaient souffert au début sont repondérées afin de profiter d’un portage relatif intéressant. Le risque paiera mais il faut s’armer de patience… et être investi sur des entreprises de grande qualité.

Christophe Brulé
Achevé d’être rédigé le 24 mars 2016

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